• Objectifs et perspectives du projet

    Dans le cadre du projet, nous proposons d’aborder une thématique de recherche concernant l’histoire et la dynamique du peuplement des régions lacustres du Tchad, en accordant une attention particulière aux cultures matérielles archéologiques. Cette tâche sera réalisée en exploitant de manière systématique la littérature scientifique disponible et surtout en mettant en place en 2015 une campagne exploratoire de prospection et de sondage sur le terrain.

     La région des lacs d’Ounianga est privilégiée dans un premier temps puisqu’elle offre l’assurance d’accéder à une documentation archéologique riche et diversifiée. En effet, des vestiges acheuléens, atériens et néolithiques y ont déjà été signalés. Des témoins d’occupations plus anciennes et plus récentes seront recherchés afin de compléter la documentation disponible par des données inédites.

     Les principaux axes de recherche développés sont les suivants :

      Précision du cadre chronologique

     Le retour sur le terrain offre l’opportunité d’appliquer de nouvelles approches, tout particulièrement en ce qui concerne les méthodes de datation radiométriques développées ces dernières décennies (C14 AMS, TL, OSL). La précision du cadre chronologique pour la Préhistoire et la Protohistoire régionale constitue de fait un enjeu scientifique majeur. 

      L’Acheuléen tchadien dans le contexte africain

     Probablement apparu en Afrique orientale il y a plus de 1,5 Ma, le technocomplexe acheuléen est documenté à travers toute l’Afrique au Pléistocène moyen. Outre les questions liées à la chronologie évoquées précédemment, l’étude des industries acheuléennes de la région d’Ounianga offre l’opportunité de comparaisons avec les ensembles régionaux plus largement documentés par ailleurs, notamment l’Acheuléen saharien d’une part et l’Acheuléen est africain.

      Étude et caractérisation de l’Atérien d’Ounianga

     L’étude et la caractérisation de l’Atérien des sites d’Ounianga est un autre objectif prioritaire. Ce technocomplexe du Paléolithique moyen est connu essentiellement en Afrique du Nord et au Mahgreb. Caractérisé par une industrie lithique au sein de laquelle abondent les outils pédonculés, sa datation, son histoire et son extension font l’objet de nombreux débats. La présence de ce technocomplexe dans le Nord du Tchad pourrait correspondre à l’une de ses extensions les plus méridionales.

    Quelles occupations durant le Néolithique et la Protohistoire dans le nord du Tchad ?

    Alors que la présence néolithique est largement documentée dans le Tibesti et l’Ennedi à travers l’art rupestre, les habitats correspondant demeurent méconnus dans la région d’Ounianga. De même, concernant la Protohistoire, aucun site n’a été jusqu’à présent découvert dans cette région alors que le reste du pays a livré de nombreux vestiges (habitat, sépulture, atelier sidérurgique, etc.). Il semble invraisemblable que la région des lacs d’Ounianga, précédemment peuplée et actuellement occupée par des populations sahariennes, ait été désertée au Néolithique et à la Protohistoire alors qu’aucun élément climatique ou événement humain n’implique un abandon temporaire. Les indices d’occupations néolithiques et protohistoriques seront recherchés afin de combler cette lacune documentaire.

    Les lacs d’Ounianga au cœur de l’Afrique médiévale

    Pour les périodes historiques, peu de données sont disponibles dans la littérature en ce qui concerne la région d’Ounianga. Elle se trouve pourtant sur l’une des voies de circulation transsahariennes les plus probables dans l’axe nord-sud mais aussi dans l’axe ouest-est. Le commerce d’or et d’esclaves venus du royaume du Kanem et destinés au Fezzan est connu mais les routes qu’il a empruntées demeurent méconnues. La permanence de points d’eau douce au cours de l’Holocène a dû à n’en pas douter créer un point attractif et des occupations contemporaines du développement du royaume du Kanem sont probablement présentes dans le secteur.