• Les régions lacustres du Tchad

    Les régions lacustres tchadiennes appartiennent à de grandes zone éco-climatiques très dissemblables les unes des autres : saharienne pour les lacs d’Ounianga, soudanienne pour le lac Iro, sahélienne pour le lac Méga Tchad et le lac Fitri.

    Les lacs d’Ounianga 

     La région des lacs d’Ounianga semble particulièrement propice d’un point de vue archéologique dans la mesure où des sites relevant de différentes périodes y ont été identifiés et pour partie cartographiés.

     Les dix-huit lacs d’Ounianga se trouvent dans le désert du Sahara, dans la région de l’Ennedi (département de l’Ennedi Ouest), au Nord du Tchad. Ils se répartissent en deux groupes séparés d’une quarantaine de kilomètres. Le groupe d’Ounianga Kebir comprend quatre lacs dont le plus important est le lac Yoan. Le groupe d’Ounianga Serir comprend quatorze lacs dont le plus importants est le lac Teli. Certains de ces lacs sont salés, voire hyper salés, tandis que d’autres sont constitués d’eau douce. Des phénomènes complexes de pompage naturel des nappes aquifères permettent en effet de compenser dans certains cas l’intense évaporation. Le lac Yoan présente ainsi la particularité d’avoir livré une sédimentation continue et non perturbée pour tout l'Holocène, offrant ainsi une source d'information particulièrement précieuse pour reconstituer le paléoclimat récent de la région saharienne (Kröpelin 2007, Francus et al. 2013).

     L’ensemble des lacs d’Ounianga a été inscrit à la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco au titre des critères naturels. Dans le rapport de l’UICN ayant déterminé ce classement, il est indiqué que ces lacs forment « le plus grand complexe connu de lacs en milieu hyperaride, avec des lacs de volume important d’eau, de structure et de composition différente (lacs salés, hyper salés et d'eau douce) » (Collectif 2012). Parmi les mesures consécutives au classement, l’UICN souligne également la nécessité d’élargir les recherches scientifiques dans le secteur.

     D’un point de vue archéologique et paléontologique, plusieurs missions anciennes ont porté sur la région des lacs d’Ounianga.

     Dès les années 1930, des ossements de grands mammifères quaternaires ont été recueillis à proximité du lac Yoan par le lieutenant Paris de Bollardière. Étudiés par L. Joleaud et J. Lombard, ils incluent des ossements d’Hippopotame (Hippopotamus amphibius L.), de proboscidiens (Elephas sp., Paleoloxodon iolensis) et de Sanglier de forte taille (Sus scrofa L.). Des vertèbres correspondant à un grand Silure (Lates niloticus L.) sont également signalées (Joleaud et Lombard 1933). Aucune trace d’activité anthropique associée à ces ossements n’a été mentionnée par les auteurs.

     En 1957, A.J. Arkell identifie des sites préhistoriques dans le cadre de la British Ennedi Expedition (Arkell 1959, 1960, 1964). Cet auteur signale en particulier la présence d’une industrie atérienne près du lac Yoan (Arkell 1962a), étudiée par la suite par Th. Tillet (1983).

     Plusieurs sites acheuléens ont également été identifiés par J. Courtin dans les années 1960 (d’après Schneider 1994). Les industries qu’ils ont livré ont été rapprochées de l’Acheuléen évolué sur la base de critères morphologiques et typologiques (Tillet 1983). Par ailleurs, la présence de tessons néolithiques a été mentionnée (Arkell 1962a, b).

    Les lacs Fitri et Iro 

     Le lac Fitri se trouve dans la zone sahélienne, à environ 300 km au Nord-Est de N’Djamena. Il s’étend habituellement sur 500 km² mais sa surface peut tripler lors de saisons des pluies abondantes. Il est alimenté par des apports saisonniers comprenant des précipitations et le cours du Bahr el-Batha issu du Ouaddai. Le lac Iro se trouve dans la zone soudanienne, à environ 600 km au Sud-Est de N’Djamena, et est alimenté par le Bahr Salamat, lui-même affluent du Chari.

    Les recherches archéologiques ont jusqu’à présent été peu intenses dans ces régions lacustres. Quelques résultats ont toutefois été publiés suite à la mission Logone-Lac Fitri, effectuée en 1947-48 par J.-P. Lebeuf et A. Masson-Detourbet. Ces auteurs signalent la présence d’une dizaine de buttes Sao entre le lac Fitri et la route du treizième parallèle reliant N’Djamena à Abéché (Lebeuf et al.1950). Ils les considèrent comme plus anciennes que les buttes analogues installées près des fleuves dans la région de N’Djamena et du lac Tchad. Parmi le mobilier recueilli en surface lors de cette mission, G. de Beauchêne décrit quelques outils de pierre polie dont une pointe de flèche en schiste poli puis retouché, attribuée au Néolithique soudano-mauritanien (de Beauchêne 1951a, b).

    La région du lac Méga Tchad 

     La région de l’ancien lac Méga Tchad a fait l’objet d’intenses recherches à proximité de N’Djamena. Elles sont essentiellement dues à J.-P. Lebeuf mais pas exclusivement (Lebeuf 1960, 1969, 1981, Lebeuf et al. 1950, 1980, Courtin 1965, collectif 2007). Plus de 350 sites protohistoriques rattachés à la culture Sao y ont été répertoriés. Ces sites forment de véritables tells similaires à ceux connus au Proche-Orient : ils constituent des buttes peu élevées (1 à 10 m) résultant de l’accumulation de niveaux argileux issue du démantèlement des habitats successifs en terre crue. Tous ne sont pas contemporains et n’ont pas été occupés en continu mais leur chronologie couvre probablement une période allant du Ier millénaire av. J.-C. jusqu’à l’époque contemporaine (Bauzou 1995, 2001, 2007, Bouimon 2007).

     Outre des figurines animales et humaines en terre cuite, les gisements ont livré un abondant mobilier céramique richement décoré par estampage (impressions de vanneries et de cordelettes) ou par incision. Aucune chronologie n’a pour l’heure put être clairement établie au sein de la poterie Sao. Les fouilles des années 1950 et 1960 ont essentiellement consisté en de longues tranchées visant à documenter les séquences stratigraphiques et à les dater (Lebeuf et al. 1980). Aucune approche extensive n’a à ce jour permis d’aborder les questions relatives à l’organisation de l’habitat. En 1995, Th. Bauzou évoquait déjà les menaces pesant sur les buttes Sao, fréquemment exploitées comme carrières pour amender les jardins (Bauzou 1995).