• État de l’art

    Vaste territoire deux fois grand comme celui de la France (1 284 000 km²), le Tchad s’étend du Nord au Sud sur plus de 1 700 km, recoupant les zones saharienne, sahélienne et soudanienne. L’histoire ancienne de son peuplement est indissociable de celle des fluctuations climatiques et des variations consécutives de l’étendu du lac Tchad (Diop-Maes 1997). Aujourd’hui réduit à quelque 1 500 km², durant le dernier événement lacustre majeur de l’Holocène il formait un « Lac Méga-Tchad » couvrant une superficie de 400 000 km² (Schuster 2002).

    Les nombreux gisements paléontologiques et paléoanthropologiques de l’erg du Djourab, qui ont permis notamment l’identification d’Australopithecus bahrelghazali (« Abel »), daté de 3,5 Ma, puis de Sahelanthropus tchadensis (« Toumaï »), daté de 7 Ma, n’ont à ce jour livré aucune industrie paléolithique (Coppens 1962, Brunet et al. 1995, 1996, 2002, Lebatard et al. 2008). Il en va de même pour les gisements de la région de Yayo, connus suite à la découverte d’un crâne humain extrêmement altéré ; identifié initialement, sans doute dans un excès d’enthousiasme, comme un australopithèque puis décrit sous le nom de Tchadanthropus uxoris (Coppens 1961, 1966), il semblerait s’agir d’un fossile d’humain anatomiquement moderne sculpté par l’érosion.

    archéologie du Tchad

    Si le premier outil paléolithique découvert in situ (Zouar) était un galet aménagé (Coppens 1968), les plus anciennes industries découvertes à ce jour au Tchad semblent dater de l’Acheuléen (Tillet 1983, 1984). Elles sont connues en particulier dans la zone saharienne au Nord du pays, notamment dans le Tibesti (Ehi Kourneï) et la région des lacs d’Ounianga. Th. Tillet mentionne également la découverte d’une petite série d’outils attribués à l’Acheuléen à Gamba-Toubouri, dans le Mayo-Kebbi au Sud-Ouest du pays (Tillet, 1978).

    Les recherches anciennes menées au Tchad n’ont pas livré d’industrie à débitage Levallois et sans pièce pédonculée telles qu’on en connaît dans d’autres parties du Sahara. En revanche, l’Atérien est connu dans le nord du pays (lac Yoan, Ounianga Kebir) et semble y trouver son extension maximale vers le sud. Des indices d’occupation datant du Paléolithique final (Bolling/Allerod) ont été signalés par J. Courtin en bordure du Kerki (Schneider 1994). L’art rupestre préhistorique est richement documenté dans le Tibesti, le Borkou et l’Ennedi au nord du pays (Huard 1953, Simonis et al. 2007). Des progrès récents concernant la périodisation et la chronologie de l’art saharien, il ressort que les phases les plus anciennes ne peuvent être beaucoup plus vieilles que les débuts du pastoralisme, vers 5000 cal BC (Le Quellec 2013). Outre les occupations liées aux sites rupestres dans le Tibesti (Roset 1974), de nombreux sites néolithiques ont été répertoriés dans le Borkou (Courtin 1966) et sur les rivages du Méga-Tchad. Les populations semblent d’ailleurs avoir accompagné ces rivages lors de l’asséchement progressif du lac (Coppens 1969).

    La métallurgie semble apparaître au Tchad vers 2 400 ans BP, date utilisée comme limite entre Préhistoire et Protohistoire dans cette région. Les sites datant du Fer ancien et moyen sont nombreux dans les régions des Pays Bas tchadiens, notamment dans le secteur de Koro Toro (Treinen-Claustre 1982). Au Fer récent, des différences interrégionales se manifestent entre d’une part le Borkou méridional (Treinen-Claustre 1982) et d’autre part les plaines situées au sud du lac Tchad (Lebeuf 1960, 1969, 1981, Courtin 1965). Ces dernières voient se développer l’occupation de tells par les porteurs de la culture Sao, notamment au Tchad à Mdaga (Lebeuf et al. 1980) et au Nigeria voisin à Daïma (Connah 1969).

    Comme ailleurs en Afrique de l’Ouest à la fin du 1er millénaire de notre ère, le sud du Tchad voit l’émergence et le développement de royaumes en lien avec le monde musulman. Au cours de cette période, l’Afrique devient de plus en plus attractive. Favorisée par la généralisation du dromadaire parmi les tribus nomades berbères, puis l’arrivée des Arabes et l’islamisation du nord de l’Afrique, la traversée du Sahara s’intensifie et s’organise dans le cadre d’un commerce caravanier où de fructueux échanges s’opèrent autour de diverses matières premières (sel, or, ivoire), d’objets manufacturés (objets en métal, tissus), de concept (Islam) et d’individus (esclaves). La fouille de sépultures à Durbi Takusheyi (nord du Nigeria) a mis au jour des squelettes richement parés (Gronenborn et al. 2012). Certains de ces bijoux en or proviendraient du monde musulman. Ils sont la preuve matérielle de contacts anciens entre la Méditerranée, le Moyen Orient et l’Afrique centrale. Les sources arabes font également état de l’existence de royaumes et d’empires dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest. En 872, Yaqubi, géographe arabe, est le premier à faire mention de l’empire du Kanem.

    Même si certains objets en métaux précieux étaient importés, la métallurgie du fer a poursuivi son développement. Les activités sidérurgiques modernes sont connues à travers les mines de fer de Télé Nugar dans la région du Guera (Dérendinger 1936) et les sites de la région du Logone oriental, répertoriés de 2000 à 2006 dans le cadre d’un Plan de gestion de l’environnement lié à l’exploitation des ressources pétrolières (Mbairo 2011).

    La documentation actuellement disponible concernant le patrimoine préhistorique et historique du Tchad relève clairement de données acquises anciennement, à de rares exceptions près. Parmi ces exceptions, il convient de mentionner l’important travail accompli dans le cadre des recherches systématiques liées à la construction de l’oléoduc Tchad-Cameroun de 1999 à 2004 (Lavachery et al. 2005, 2010). De nombreuses incertitudes demeurent donc, notamment en ce qui concerne les phasages chronologiques, peu de sites ayant bénéficié de datations radiométriques récentes. De nouveaux travaux de terrain sont indispensables pour renouveler la documentation.